Articles de journaux consacrés à l'épisode "Maigret et les caves du Majestic"

 

1. Le Matin - 10 juillet 1992

Maigret enquête à Clarens

Un acteur discret et charmant

Bruno Cremer

«J'ai un peu souri au début de la scène. Maigret trouve marrant de fumer le cigare.» Sûr qu'il est gâté, Bruno Cremer. Pour une fois que ce diable de commissaire tâte du "bâton de chaise", comme l'acteur, et délaisse sa bouffarde ... Très classe dans son costume bleu sombre, Bruno Cremer amuse le plateau du "Maigret" en cours, "Les caves du Majestic". Commencé à Paris, ce nouvel épisode se tourne ces jours en Suisse, sous la direction de Claude Goretta. Plus précisément dans un salon de l'Institut Beau-Cèdre à Clarens, sur les bords du Léman, que Cremer embrume joyeusement avec ses cigares de "répétition" !

Un rien cynique, il ajoute : «De toute façon, tous les fumeurs de pipe la laissent tomber un jour. Ca arrive de casser sa pipe ...» Désabusé ? «Par la vie ? Par mon métier ? Pas le moins du monde.» À l'instar de Maigret, l'acteur est simplement peu disert. «C'est vrai que, comme lui, je ne suis pas loquace. Il n'est pas éloigné de ma nature. J'aime bien regarder, écouter, rêver ...»

Vous avez de bonnes relations avec les commissaire ? «Très bonnes ! C'est un personnage ouvert. Dans ses enquêtes, il est dans son élément. Un peu comme un romancier qui écrit ou un peintre devant sa toile. Avec lui, je me permets certaines libertés. Je lui ajoute un certain trouble avec les femmes. Quand il est agressé par une fille de joie, il n'est pas insensible.» Tout comme lui-même, gageons-le.

Saine ironie

Comédien chevronné, passionné de théâtre, Bruno Cremer regrette toutefois que Maigret lui prenne beaucoup de temps. «J'ai signé un contrat pour 12 films, ce qui me prend déjà 3 ans. Après, on verra. Mais j'espère bien faire autre chose. Maigret, je l'aime bien, mais il faudrait qu'il soit moins jaloux, possessif.» Au chapitre des projets, l'acteur songe ainsi renouer avec les planches. Il n'en dira pas plus. Dans l'immédiat, il va tourner dans le premier film d'un jeune roumain - «On l'appelle Radu, je n'en sais pas plus» - qui raconte l'histoire d'un dissident sous le régime de Ceaucescu.

Secret sur sa vie, il l'est aussi sur sa famille. «J'ai une femme, un grand garçon qui est dans l'édition artistique et deux petites filles que j'ai eues avec ma seconde épouse.» Des hobbies ? «Pas vraiment. Ma femme va beaucoup au cinéma, au théâtre. Elle m'y entraîne.» Vous avez bien 62 ans ? Le regard bleu plus métal que jamais, la voix du plus beau grave, il dit avec cette ironie qu'il pratique comme un exercice d'intelligence : «Si vous le dites ! Mais j'aimerais mieux l'oublier.»

Aimé Corbaz

 

2. L'Est-Vaudois (17/7/1992)

Proche de Maigret

Maigret est assez proche de ma nature

Bruno Cremer
Jeudi dernier, à Clarens; Bruno Cremer avait
troqué son cigare contre la pipe de Maigret.

Jeudi dernier, Maigret enquêtait entre Clarens et Montreux. Derrière la pipe et sous le veston sombre du fameux commissaire créé par Simenon, Bruno Cremer. Maigret, Cremer : l'association paraît désormais aussi évidente que celle de l'eau et du vin. À midi, Bruno Cremer a laissé de côté la pipe de Maigret pour rallumer son cigare à lui. Assis à une terrasse ombragée de Clarens, le lac à quelques mètres, il nous parle de ce rôle qu'il tient pour une douzaine d'épisodes (sur les 104 que la télévision produit). Il nous parle de ce Maigret qui n'est pas si éloigné de sa nature. Qui en aurait douté ?

- Bruno Cremer, quelle relation entretenez-vous avec Maigret ?

-Je l'aime bien, mais il ne faudrait pas qu'il devienne trop envahissant ! (rires). Non, nous entretenons de bonnes relations. C'est un personnage très ouvert. Du fait qu'on me l'a confié, je prends certaines libertés avec lui ... Par rapport aux femmes par exemple, j'ai une attitude un peu trouble. "Mon" Maigret est moins insensible à leurs charmes que celui de Simenon. Mais Simenon a déclaré un jour à Bernard Pivot que Maigret ne racontait pas tout.

-Vous connaissiez déjà Maigret avant de l'incarner ?

- Non, je l'ai découvert à partir du moment où on m'a proposé ce rôle. L'oeuvre de Simenon m'est apparue empreinte d'une richesse et d'une profondeur rare dans cette catégorie littéraire ...

- Comment avez-vous approché le personnage de Maigret ?

- En lisant ses aventures, en vivant avec lui de manière un peu instinctive. Mais vous savez, Maigret est assez proche de ma nature : comme lui je suis peu locace. J'aime bien regarder, écouter. Nous sommes tous deux secrets, jaloux de nos privées. C'est comme ça que je l'ai abordé. Je l'ai laissé venir à moi, comme il laisse venir à lui les choses et les gens pendant une enquête, pendant ces seuls moments où il vit vraiment.

- Ne craignez-vous pas que Maigret vous colle à la peau, comme il a collé à celle de Jean Richard ?

- Absolument pas. D'abord, je n'ai pas l'intention de tourner autant que Jean Richard : je me suis engagé pour 12 épisodes, et ça me prend déjà trois ans. Il faut également voir que Jean Richard s'était probablement investi, identifié à ce personnage de Maigret ; pour ma part, je me suis déjà fait un nom au théâtre, au cinéma, et je ne désespère ni de faire encore quelques films, ni de monter sur scène après le tournage de cette série ! (rire)

- Mais c'est un rôle qui vous mobilise beaucoup ...

- Oui. Cela dit, lorsqu'on tourne à Paris, j'arrive à jouer au théâtre en même temps.

- La nouvelle mouture des Maigret se démarque vraiment des précédentes ...

- Oui, il y avait une grande exigence à la base, qui était de les réaliser dans un style différent, de ne pas tomber dans la série banale. Et j'ai personnellement eu la chance d'avoir un droit de regard sur les scénarios.

- Vos rapports avec Claude Goretta, le réalisateur des "Caves du Majestic" que vous tournez aujourd'hui, ou de "Maigret et la grande perche" ?

- Ce sont des relations un peu parentales, parce qu'on est de la même génération ... L'ambiance sur les tournages est cool, tout en gentillesse et en décontraction. Mais il faut dire qu'avec l'âge, on devient plus détendu que lorsqu'on est jeune acteur. On est moins stressé par le but à atteindre, par le travail à accomplir ; ce sont des choses passionnantes, mais il ne faut pas en faire un apostolat.

- Les nouveaux épisodes de Maigret ont déjà décroché l'"Antenne de cristal" de l'Union des critiques de l'audiovisuel et une mention spéciale au Festival de Cognac ...

- Je l'ignorais mais j'en suis bien content ! (rires)

- ça vous touche, quand même ?

- Oui, bien sûr, mais vous savez, on a employé tant de superlatifs pour toutes choses que le système nerveux de la société s'est émoussé. Aujourd'hui, il n'y a plus d'événements artistiques qui font date, comme autrefois. La politique, les crises, c'est mauvais pour l'art dramatique.

Propos recueillis par Luc Jaccard

 

3. L'Est-Vaudois (10/7/1992)

Maigret enquête entre Clarens et Montreux

Claude Goretta et Bruno Cremer entre deux prises
Claude Goretta et Bruno Cremer entre deux prises

Coproduction oblige, la TSR tourne un épisode de la nouvelle série des "Maigret" dans laquelle Bruno Cremer incarne le célèbre commissaire de Simenon. Une partie des scènes de cet épisode qui a pour titre "Les caves du Majestic" a été mise en boîte hier dans un institut de Clarens et au Montreux-Palace. Lieux cossus et chatoyants qui conviennent particulièrement à ces fictions qui se déroulent sur fond de grand hôtel et de riches américains; lieux hors du temps où se recréent la patine des années cinquante, ingrédient indispensable aux nouveaux épisodes de Maigret.

        « Un cigare ?

        - Je veux bien merci ...

        - Il s'agit de la femme d'un riche industriel américain ... ils avaient réservé la              suite 110, un de nos meilleurs appartements ...»

Ces répliques (les premières de cet épisode de Maigret que la TSR tourne sous la houlette de Claude Goretta) Bruno Cremer et Jacques Ciron les ont répétées (presque) inlassablement hier matin, dans un salon d'un institut de Clarens.

À voir l'épisode achevé, tranquille, assis devant son téléviseur, on n'imaginera pas la somme de travail qu'aura réclamé une prise de vue de quelques minutes, le temps passé à mettre trois répliques en boîte : Maigret et le directeur du Majestic sont assis face à face, de part et d'autre d'un bureau chargé de téléphones antédiluviens. Le commissaire n'en est qu'au début de son enquête (la femme d'un  industriel américain a été retrouvée assassinée dans les caves d'un grand hôtel.

Pour la nième, on entend les ordres rituels criés par l'assistante de plateau : "Silence, quiet please, ça tourne." Et puis, une voix d'homme : "10B sur 4, 3ème", et, enfin, le fameux "clap!". Nous sommes derrière un paravent, Bruno Cremer est assis à deux mètres de nous, à l'écran on croira qu'il est seul face au directeur, alors que plus de dix personnes sont là, partout dans la pièce. Pour la nième fois, son interlocuteur lui tend la boîte de cigares (Je veux bien, merci ...), pour la nième fois, il se saisit d'un havane. "On refait", dit Claude Goretta. Pourquoi ? Parce que. Un bateau a sifflé, on a laissé tomber quelque chose, quelque part dans la maison. Parce que Bruno Cremer dit "train du soir" au lieu de "train de nuit", parce que la prochaine prise sera peut-être la bonne. Et la coiffeuse de repasser son peigne dans les cheveux de Cremer, la maquilleuse de rechercher ses Kleenex, le perchiste de se détendre les bras ...

"Silence, ça tourne." À la quinzième prise, on n'ose plus souffler, l'heure de la pause est déjà passée, les gros projecteurs irradient la pièce de leur jour trop parfait, la provision de cigares diminue mais les répliques sortent juste, on leur tient les pouces, cette fois c'est la bonne, il semble bien que oui. On a peine à y croire : alors qu'au théâtre, rien ne semble plus naturel que de voir des comédiens dévider deux heures de paroles sur scène, ici, un dialogue sans faute de deux minutes prend des allures d'exploit. Cinéma, cinéma ...

Luc Jaccard

 

4. Journal local de Suisse (10/12/1992)

Une enquête tournée en partie à Montreux

Claude Goretta
Claude Goretta

Après "Maigret et la grande perche", Claude Goretta vient de réaliser l'adaptation d'un autre roman de Georges Simenon intitulé "Les caves du Majestic" dont une partie a été tournée dans les studios de la TSR à Montreux et à Lausanne. Comme l'a relevé le productrice artistique des fictions de la TSR, les palaces suisses se prêtent davantage aux tournages vu les difficultés rencontrées dans les grands hôtels de Paris où se situe l'action du film mais où on n'a fait que les extérieurs.

Présenté hier à Genève, ce film fait partie d'une collection coproduite par la TSR et Dune production pour France 2. On y retrouvera Bruno Cremer accompagné de Jérôme Deschamps, Maryvonne Schultz, Véronique Ryke, Marilo Marini, Terence Ford et de quelques acteurs helvétiques.

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5. Pas de références

Commissaire Cremer

Maigret, c'est le seul flic qu'on serait éventuellement flatté d'avoir pour beau-père. Il plaît autant aux ouvriers et aux femmes de ménage qu'aux intellos et aux dames lègères. Et aussi à Bruno Cremer, qui l'a découvert quand on est venu le chercher pour jouer le personnage du flic parisien.

Simenon a tracé un portrait du héros qui plaît, celui de l'esprit frondeur caché sous une image de respectabilité. Le personnage incontrôlable qui déstabilise ses interlocuteurs trop sûrs d'eux, que l'on soit du côté des gens respectables ou de celui des hors-la-loi. Les types entre deux eaux et les femmes ambiguës, il leur réserve en revanche un peu de tendresse car celles-ci et ceux-là savent se montrer tels qu'ils sont, avec leurs faiblesses et leurs petits compromis. Cremer adore jouer au médecin des âmes, lui qui baigne par sa femme dans le milieu de la psychiatrie.

Lourd héritage

Des millions de lecteurs ne l'ont pas attendu et le cinéma leur a emboîté le pas. Gabin, Jean Richard ont donné des lettres de noblesse au rôle du célèbre commissaire. Quant à Bruno Cremer, il a adopté maintenant le personnage. L'acteur français est venu quelques jours en Suisse pour le tournage d'un nouveau téléfilm mis en scène par Goretta dans une coproduction d'Antenne 2 et de la Télévision Romande.

À la pause de midi, l'acteur français s'attable sans façon au bistrot voisin. Avant de s'attaquer à un cocktail de crevettes et à une entrecôte nature arrosée d'un peu de Brouilly, il parle avec gourmandise de ce personnage dans lequel il se coule maintenant avec aisance.

"On n'arrête pas de me répéter qu'il y a des correspondances entre Maigret et ce que je suis et je découvre que c'est vrai." Comme pour montrer sa bonhommie, Bruno Cremer a pris le temps de s'interrompre en plein repas pour signer quelques autographes. En effet, en quelques minutes de bavardages sur le trottoir, on découvre une lourdeur physique, une vivacité du regard et du propos, une bienveillance envers l'interlocuteur direct qui troublent. On croirait se sentir analysé par Bruno Cremer qui s'en défend.

La touche personnelle

L'acteur n'en reste pas à ce rôle de justicier impassible et il ose apporter une touche personnelle à l'épaisseur du personnage de Maigret. "J'ai eu envie de l'enrichir de quelques traits d'humour et de lui donner une attitude un peu trouble à l'égard des charmes féminins."

Pour cet épisode "Les caves du Majestic", Cremer se plaît à dénouer une intrigue mettant aux prises le petit personnel d'un palace parisien. À décortiquer des passions enfouies et réveillées de façon dramatique dans les sous-sols du célèbre hôtel parisien. Ce sont des lieux où Maigret se sent plus à l'aise qu'aux étages supérieurs, où s'activent les grands bourgeois.

C'est ce qui a mené Goretta au Montreux-Palace et dans les caves du palais de Beaulieu à Lausanne : des décors bien en accord avec l'esprit du lieu et du temps, celui du Paris des années cinquante. Comme Simenon dans ses romans, le commissaire Cremer a imposé dans ses téléfilms le rôle d'un héros infaillible et universel.

Cremer dans le Paris de sa jeunesse

Jean-Brice Willemin

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