Ce qu'il y a de bien avec
le personnage de Maigret, que ce soit dans les romans ou dans les
interprétations à l'écran, c'est que l'on peut braquer le
projecteur sur de nombreux détails différents et tous
caractéristiques, qui, chacun à leur manière, nous parlent d'un
aspect de ce commissaire si attachant.
Après le focus sur son bureau et celui sur son
vêtement, voici un
autre point de vue sur Maigret: celui de ses rapports avec la
nourriture. Le thème a déjà été beaucoup abordé: que l'on
pense aux livres Le Cahier de recettes de Mme Maigret, ou Bon
appétit, commissaire Maigret, ou encore à d'autres essais
parus çà et là. Pour ma part, comme dans les autres études
déjà parues sur ce site, je focaliserai l'analyse en fonction
de la série qui nous occupe.
Je trouve intéressant de voir comment les scénaristes et les
réalisateurs ont évoqué le rapport de Maigret à la nourriture,
via son interprétation par Bruno Crémer. Qu'a-t-on
gardé du côté gourmet et gourmand du commissaire, quels
détails caractéristiques ont été évoqués, comment les a-t-on
montrés à travers l'image, tant de questions que l'on peut se
poser, et auxquelles je vais essayer de répondre modestement
dans cette "mini-étude".
Pour ce faire, j'ai pioché,
dans les 54 épisodes de la série, les scènes où Maigret est
à table, en mettant de côté les petits déjeuners, repas sur
le pouce et autres en-cas, et en étudiant plus particulièrement
les moments de repas plus conséquents, pris en principe au
restaurant.
Notons d'abord que les scènes de "vrais repas" sont
relativement peu nombreuses dans les épisodes (j'ai recensé 32
épisodes, sur les 54, qui comportent de telles scènes), et que
ce sont souvent de courtes scènes, où le repas est plus
évoqué que montré (voir à ce propos la réponse que Crémer
faisait à Nemes dans l'interview qui a paru sur les DVD): "Je n'ai jamais insisté
beaucoup sur les repas. Il faut beaucoup de temps pour filmer un
repas: ça demande une mise au point, ça fait beaucoup de bruit,
pour le son ce n'est pas recommandé. Parler en mâchonnant un
steak, ce n'est pas évident non plus. Il faut plus de temps pour
la réalisation. Et puis, il suffit d'évoquer le fait qu'on soit
au restaurant, qu'on ait fait un bon repas. Il vaut mieux prendre
le repas à sa fin qu'au début où l'ambiance n'est pas encore
très installée. C'est bien comme ça. Ce n'est pas la peine de
faire des détails sur le côté "comment mange-t-il".
Dans certains films je suis allé, pour m'amuser, jusqu'à mettre
ma serviette comme j'imagine qu'il la mettait, comme j'ai vu mon
grand-père la mettre à cette époque-là, comme ça, sous les
revers. Ce sont des détails qui n'ont pas grande importance. Au
fond, on pourrait jouer Maigret dans les rideaux."
Maigret, dans les romans, est un homme qui mange beaucoup, et bien, et cela devient particulièrement vrai à mesure que l'on avance dans la chronologie du corpus: dans les derniers romans écrits par Simenon sur son personnage, celui-ci mange plus souvent et plus de repas élaborés qu'au début. Notons aussi que les adaptations tiennent plus ou moins compte des scènes de repas évoquées dans les livres, et on trouve toutes les variantes possibles: repas mentionnés dans le livre et repas dans l'épisode correspondant (par exemple, Maigret et la nuit du carrefour), repas dans le livre et pas dans l'épisode (par exemple, Maigret et l'écluse no 1), pas de repas dans le livre et scène de repas dans l'épisode (par exemple, Maigret chez le docteur), ou ni repas dans le roman, ni dans l'épisode (par exemple, Maigret et la Grande Perche).
Examinons à présent plus en détail chacun des 32 épisodes recensés, en les prenant dans l'ordre chronologique de production. Pour des raisons de commodité de lecture, je vous propose cette analyse sur 4 autres pages. Rendez-vous donc ici pour la suite.